Dans Notes de Tournée, Colette évoque sa première tournée Baret. Forte de ses succès de mime, notamment dans La Chair, elle avait été engagée par l’impresario Charles Baret pour une tournée d’un mois lors de laquelle elle joua Claudine à Paris. La tournée débute le 14 avril 1909 à Nevers et s’achève le 16 mai à Saint-Quentin. Le lecteur suit l’actrice dans son périple, au gré de ses étapes. Nevers, Auxerre, Dijon, Belfort, Nancy, Marseille, Toulon, Nîmes, Montpellier, Bordeaux, Brest, Rennes, Caen, Rouen, Amiens, Lille… En tout trente-deux villes, qui sont comme autant de stations dans la lecture. Colette y évoque les gares et les hôtels minables, les paysages vus ou entrevus derrière la vitre du train, et bien sûr ses camarades de tournée, dont elle esquisse, à la manière de Balzac, la physionomie.

 

          On retrouve dans ce texte cette volonté chère à Colette de dépeindre « l’envers de ce que les autres regardent à l’endroit », et la même empathie pour les compagnons de tournée, « ces abeilles pauvres et sans butin », véritables prolétaires du théâtre pour lesquels Colette a toutes les tendresses. Bien qu’aucun manuscrit du texte n’ait été à ce jour retrouvé, qui permettrait d’en savoir plus sur la genèse de l’oeuvre, on imagine volontiers des morceaux de nappe, des pages arrachées dans un cahier, des factures, des papiers épars couverts d’une écriture empressée. Un texte écrit dans une gare, dans un train, sur un lit à la lumière d’une bougie. Dans l’urgence. Une écriture en mouvement. C’est là un des traits saillants de ces Notes de tournée. Peu de notations temporelles, hormis l’horaire d’un train. Les notations spatiales dominent au gré des déplacements. Les paysages sont le plus souvent décrits depuis le wagon en mouvement où se trouve l’auteur. L’effet produit par la vitesse sur l’écriture est saisissant dans bien des descriptions. Ces Notes de tournée pourraient évoquer certains tableaux impressionnistes. Plus qu’un journal intime marqué par le temps qui passe, c’est plutôt un carnet de voyages à la façon de ceux des peintres, une série de croquis et d’esquisses.

 

         C’est donc ce principe du mouvement, si proche de la musique, que nous avons voulu mettre en exergue dans ce spectacle. Ce voyage géographique est donc aussi un voyage musical, alternant moments nostalgiques, d’euphorie ou de tendresse à travers des pages musicales empruntées à des compositeurs de l’époque de Colette : Ravel, Debussy, d’Indy, Albéniz, Verdi…, climats sonores changeants au gré des escales offertes par le texte.

 

spectacle tout public

durée  : 1h30 (sans entracte).

© 2015 Quatuor Ludwig

crédit photos : Etienne Charbonnier